Extraits de texte et appreciations

Marc GROS - PASSE COMPOSE

Edition Scripta, avril 2007

D’un fatras d’informations vous avez su faire un livre. C’est du beau travail.

Extrait

La Livardie, ce village où je suis né, n’était que prairies verdoyantes offertes aux troupeaux de vaches, champs soigneusement labourés et vignes bien rangées. Alentour, la forêt, touffue, cachait le toit des fermes. S’il fallait retenir un mot, ce serait vert ou verdure. J’y revins le jour de la mort de ma mère. J’espérais quelque réconfort. Mais tout n’était que désolation. La tempête de 1999 avait arraché les arbres et mutilé le paysage. Des branches enchevêtrées émergeaient des troncs nus, élancés vainement vers le ciel : un vrai champ de bataille ! Les fermes et les granges, découvertes par l’ouragan, se donnaient tristement au vent et à la pluie. Les hommes avaient-ils abandonné la terre ? Que leur avaient donc promis les technocrates de Bruxelles ou de Paris ? Plus de cultures. Partout des broussailles et des herbes folles, roussies par la sécheresse. Là où mes souvenirs d’enfant cherchaient la nature, la vie, le travail de mes parents, je ne trouvai que jachères et ruines. Et je ne pus m’empêcher de penser à cette phrase de Paul Valéry : « les civilisations sont mortelles ».

Francine HADIDA – A CŒUR OUVERT, Combattre l’hyperthermie maligne

Edition Scripta, janvier 2007

Moi je ne sais pas écrire et pourtant je voulais faire un livre pour dire l’épreuve que nous avons vécue ma fille et moi. Avec vous, j’ai réussi et je suis très fière. Merci pour tout. Avec beaucoup de respect.

Extrait

Je m’appelle « Framboise ». Ton grand-père souhaitait me prénommer ainsi pour mes joues rebondies et roses. Peut-être pensait-il aussi au parfum délicat de ce petit fruit, à son goût puissant et subtil qui le comblait ? Perpétuait-il un début de tradition familiale ? Une de mes tantes portait le prénom de Clémentine. L’officier d’état civil a refusé manquant là l’occasion de mettre un peu de poésie dans l’exercice de son métier. Il a accepté Francine, mais au fond de moi et pour mes proches, c’est Framboise. J’aime cette image gourmande ; à sa façon, il affirmait que j’étais belle à croquer. Je suis née sur un bateau, dans les eaux territoriales de Tu¬nis, en 1950. Ma famille fuyait le pays après l’assassinat de ton arrière-grand-père. Bien que déclarée à Tunis, je suis française. Nous sommes français depuis 1680. Dans quelques jours, je deviendrai ta maman. Je passe aujourd’hui la dernière échographie avant ta naissance. Le médecin pro¬mène son « micro » sur mon ventre bleui de gel froid et col¬lant. L’œil rivé sur son écran, silencieux, il revient sans cesse sur le même point. Moi, je te regarde. Je te bois, je te mange. Je me sens « planète bleue », terre nourricière, éba¬hie, comme à chaque fois devant ton cœur qui bat. Je suis bien dans ce silence, frémissante, un peu du froid, un peu de l’impatience de te serrer dans mes bras. - Votre petite fille présente une malformation cardiaque. Fascinée par l’image, je ne le comprends pas ; l’ai-je même entendu ?